(Avant-Scène Opéra n°254)

Qu’il soit le 13è ou le… 15è des 32 opéras de Cavalli, La Calisto créé
en 1651 sur la scène vénitienne (Teatro di San Apollinare), témoigne du
génie de son auteur, le plus grand compositeur d’opéras… après
Monteverdi (son maître). Le livret est l’œuvre de Giovanni Faustini
dont il s’agit du testament poétique : l’écrivain meurt peu après la
création. Comme tous les numéros de l’Avant Scène Opéra, voici une mine
synthétique, très documentée, sur les enjeux et significations de la
partition, l’une des plus inventives et délirantes de l’opéra vénitien
du premier baroque (Seicento, soit XVIIè).
Rien n’est omis dans ce panorama historique et musicologique lié à
l’ouvrage : ni la biographie de Cavalli, ni les événements liés à sa
création dans le théâtre San Apollinare, ni sa destinée sur les scènes
lyriques : c’est en fait, l’opéra le moins joué du vivant de l’auteur
mais curieusement adulé de nos jours, en particulier depuis la
production légendaire de Jacobs et surtout de la scénographie de
Wernicke, présentée à Bruxelles, Salzbourg puis Lyon.
En fait son retour en grâce remonte aux années 1970, grâce à Raymond
Leppard qui a l’intuition d’en donner une lecture pionnière à
Glyndebourne. Capital l’article sur le sens spirituel et philosophique du livret
(Faustini s’y joue des labyrinthes sémantiques permis par le thème de
la métamorphose…), comme celui présentant le livret commenté : un texte
originel ( et dans l’orthographe baroque) tel qu’il est déposé à la
Marciana de Venise et dont les épisodes n’ont parfois jamais été mis en
musique dans les versions discographiques disponibles, lesquelles
aiment « adapter », réarranger c’est à dire modifier l’enchaînement des
scènes voire les couper tout simplement.
Plus de la moitié de l’ouvrage est constituée du
guide d’écoute :
mise en parallèle de l’analyse musicale avec le livret intégral
historique ainsi réhabilité. Au préalable, le lecteur découvre
« sources et genèse de La Calisto » (chanteurs, deuils, cast original,
composition de l’orchestre…), « le langage musical de Cavalli »
(paradoxes et importances de modes…), « les personnages de La
Calisto », « clés de lectures »…
Parmi les articles complémentaires, soulignons la pertinence de celui
analysant les sources du livret (d’Ovide à Cavalli), et celui précisant
« L’amour en Arcadie » (avec de nombreuses reproductions de tableaux en
liaison avec la mythologie et le thème des amours de Diane).